Toute la vérité sur l’accouchement – intro

 

Se dire les vraies affaires

Nous ne sommes pas égaux dans notre attitude face à l’accouchement qui s’en vient. Certains sont très au fait de ce qui les attend et prennent toutes les dispositions possibles en prénatal pour s’approprier cet événement et se prémunir des risques l’entourant (pendant et après). Ils s’informent pour faire des choix éclairés car ils ont conscience qu’accoucher, c’est forcément faire des choix et que si ce n’est pas eux qui les font, d’autres les feront à leur place. L’ignorer conduit à être dépossédés de cette expérience intime. Souvent, ceux-là ont reçus de leur entourage deux types de témoignages: des récits apocalyptiques d’accouchement-naufrage où les parents se sont senti tomber de Charybde en Scylla jusqu’au bistouri ou aux forceps, ou des récits enchanteurs d’accouchement-puissance au potentiel transformateur. Ces deux récits hautement subjectifs masquent sûrement une partie de la réalité, mais ils ont pour effet bénéfique de mobiliser le couple de futurs parents à la conquête d’une naissance qui leur ressemble.

D’autres ont une vision très idéalisée de l’accouchement, entretenue par la pudique réserve avec laquelle on a pu leur narrer une expérience pas franchement reluisante et par le discours hospitalier officiel, qui tend à prendre en charge les patients dans un cadre protocolaire aux logiques purement professionnelles et non émotionnelles.

L’important, c’est d’avoir un bébé en santé. Cette phrase que j’entends scandée à l’hôpital élide tout ce qu’un accouchement peut représenter de bonheur, mais aussi de tristesse et de ravages sur le plan de l’estime de soi et de l’attachement à son enfant.

En tant qu’accompagnante à la naissance, je suis aux premières loges pour admirer le monumental gap qu’il y a entre la conception que ces gens se font de l’accouchement lors de la rencontre d’approche1 ou lors d’une discussion fortuite, et ce qu’ils en savent une fois passés de l’autre côté.

Ceux-ci voient l’accouchement comme un grand moment romantique qui consiste, après une perte torrentielle des eaux, à passer une dizaine d’heures couchée sur le dos dans des draps immaculés, larmichettes à l’œil, infirmière dévouée à la main. Ils pensent que leur vénérable médecin qui leur a accordé 5 minutes de son temps pendant le suivi prénatal (première désillusion) viendra leur faire des coucous encourageants pendant le travail et s’occupera de tout pour mettre au monde leur enfant de la manière la plus sécuritaire qui soit.

Ils se disent que puisque les femmes le font depuis la nuit des temps, à répétition même, ça ne doit pas être bien sorcier, et qu’en plus, avec les cours du CLSC, ils sont blindés. Que puisque leur mère leur rapporte de cet événement que c’était le plus beau jour de sa vie, il n’y a pas de raison que ça ne soit pas le plus beau de la leur. Que puisque 98% des femmes au pays accouchent sur le dos, les pieds dans des étriers, ça doit être la marche à suivre.

La réalité est quelque peu différente. Je m’emploierai au fil des semaines à vous en exposer les principaux correctifs.

Volet 1 – dans la douleur tu enfanteras

Volet 2 – dans tes fluides corporels tu baigneras

1 la plupart des accompagnantes offrent une rencontre gratuite d’une heure pour présenter leurs services. Si le couple a déjà demandé à rencontrer une accompagnante, c’est souvent qu’il rejoindra incessamment le groupe des avertis.

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