Dix conseils pour choisir son cours de yoga

Le yoga est à la mode, ça ne vous aura pas échappé. Les studios pullulent en ville, les appellations en sanskrit ou en globish comme le « power yoga » brouillent les styles et le commun des mortels a de la difficulté à exercer son discernement quant aux compétences réelles du prof et aux bienfaits à tirer de la pratique tant les approches et la pédagogie peuvent varier. Je rencontre souvent des déçus du yoga qui ont déduit de leur première tentative que ce n’était pas pour eux, alors qu’ils n’ont simplement pas cogné à la bonne porte. Encore plus nombreux sont ceux qui se blessent dans un cours inadapté, trop rapide, ou manquant d’encadrement. Comment se repérer dans cette jungle vérolée par le marketing et les courants de mode? Quelques pistes de réflexion en dix points pour trouver le cours qui vous correspond :

 

  • nommer ses besoins

Voilà votre première étape. Que recherchez-vous dans la pratique du yoga? Une activité physique exerçant votre système cardio-respiratoire? Une initiation à la méditation? Un apprentissage de la conscience du souffle? Un étirement plus ou moins doux? Un exercice d’endurance? Une approche de précision dans les postures? Une plongée dans une pratique spirituelle orientale? Vos réponses vous aiguilleront vers un style de yoga plutôt qu’un autre : ashtanga ou vinyasa pour l’exercice cardio-respiratoire, Iyengar pour la précision dans l’alignement et l’endurance, Yin yoga pour l’introspection et la détente…Une école de yoga qui se respecte devrait vous donner un descriptif suffisamment détaillé du ou des styles qu’elle offre pour vous diriger vers le cours le plus en phase avec vos besoins.

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  • évaluer sa condition physique

Avec honnêteté, considérez votre forme actuelle. Si vous n’avez pas fait d’activité physique un peu soutenue depuis des années, ne commencez pas par un cours d’Ashtanga niveau 2 ou 3! Cherchez plutôt un cours d’initiation au yoga, si possible postural : qui explique le fonctionnement des poses avant de vous mettre en mouvement rapide. Si vous êtes enceinte, le yoga prénatal est pour vous, mais là encore, il en existe de multiples interprétations en fonction du professeur.

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Si vous avez accouché depuis moins de six mois, vous gagnerez à raffermir votre plancher pelvien et votre ceinture abdominale dans un cours de yoga postnatal avant d’aller plus loin dans l’effort. Si vous souffrez d’une condition particulière ou êtes en convalescence d’une blessure, cherchez le cours qui utilisera beaucoup de supports (Iyengar, Viniyoga) et d’individualisation pour vous permettre de pratiquer malgré vos restrictions.

 

  • la taille du groupe

C’est souvent là que le bât blesse. Les bons cours sont bondés (même si de mauvais peuvent aussi l’être, et de très bons ne recruter qu’une poignée d’adeptes!), et la taille du groupe nuit considérablement, à mon avis, aux compétences du professeur. La plupart ferment les yeux avec frustration sur des positionnements et des gestes néfastes, faute de temps pour veiller à la sécurité de tous. En tant que professeure, 14 élèves est ma limite, au-delà de laquelle j’ai l’impression de bâcler mon travail d’enseignante et de ne pas pouvoir garantir le bien-être de mes élèves.

 

  • la formation du professeur

Le sujet est épineux et fera grincer des dents, assurément. La pléthore de studios de yoga s’enfonce dans un cercle vicieux de détérioration de l’enseignement : pour survivre à la concurrence féroce, les centres sont de plus en plus nombreux à offrir leur propre formation de professeurs, plus rentable que les cours (les tarifs sont de plus en plus exorbitants en raison de la forte demande, et la clientèle est captive pendant plusieurs mois, ce qui est financièrement confortable pour le centre). La sélection à l’entrée est minimale ou inexistante, tant l’appât du gain l’emporte. Je me suis déjà trouvée en formation avec des aspirants-professeurs qui avaient découvert le yoga quelques mois plus tôt. Or, pour moi, le yoga est un long chemin, et c’est ce qui le rend passionnant : nous ne sommes jamais arrivés. Et j’ai tant découvert tout au long de mes dix années de pratique que je ne peux pas concevoir qu’on puisse se sentir suffisamment affermi dans son propre rapport au yoga pour prétendre l’enseigner, mais c’est un sujet polémique que je ne développerai pas ici.

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Au cours de mes diverses formations, il n’était pas rare que la majorité des élèves peinent à suivre les consignes du maître. Certaines formations remettent un ersatz de diplôme après quelques jours ou semaines de cours seulement : comment prétendre couvrir une matière aussi infinie que le yoga en quelques semaines, au regard surtout de la responsabilité qui nous incombe en tant que professeur, à la tête d’une classe d’élèves qui vont suivre nos consignes? Je ne suis pas la seule à trouver la qualité de l’enseignement de plus en plus problématique. Assurez-vous donc de la formation de votre professeur : combien de temps a-t-elle duré? Est-elle reconnue par Yoga Alliance ou la Fédération Francophone de Yoga, deux organismes qui, sans être un gage imparable de fiabilité, garantissent certaines bases?

Sur le terrain, un bon moyen de sonder les compétences du professeur à mes yeux est de vérifier son aptitude à individualiser la pratique. S’il n’est pas capable de vous proposer une variation de la pose adaptée à votre condition particulière et qu’il vous suggère plutôt de repousser vos limites, méfiance.

 

  • les consignes

 Elles vont justement vous permettre de cerner un peu mieux les compétences de votre professeur, et l’adéquation de son cours à vos besoins. Je suis partisane de consignes nombreuses et très précises, qui pour moi sont le vecteur fondamental d’une vraie pédagogie, qui cherche à transmettre de façon durable un savoir de maître à élève et non à mettre autrui en mouvement et en sueur le temps d’un cours. Les consignes vaporeuses qui meublent l’espace sonore m’énervent, d’autant plus qu’elles prennent la place de consignes indispensables concernant le placement des membres ou l’ajustement de la respiration. Un bon professeur devrait décomposer les postures en gestes primaires compréhensibles par tous, quel que soit leur familiarité avec la discipline. Qu’il ajoute des consignes secondaires accessibles aux plus avancés (je déteste ce mot qui implique une hiérarchie parmi les élèves et encourage une certaine performance), oui, car elles vont permettre à chacun d’évoluer à son rythme, mais ces consignes plus techniques ne devraient en aucun cas conditionner la sécurité de la pratique.

Les élèves devraient par la justesse des consignes accéder à une certaine compréhension du fonctionnement de la pose. Le yoga n’est pas un ramassis de postures qui s’exécutent au petit bonheur la chance, c’est une pratique codifiée avec des règles de fonctionnement afin de préserver le corps et d’optimiser les bienfaits de la pratique. Ces règles devraient transparaître clairement de l’enseignement, et être sujettes à une réappropriation par l’élève, afin ultimement d’encourager son autonomie et sa pratique personnelle.

 

  • la réappropriation de l’enseignement comme objectif du cours

 Je suis peut-être isolée dans cet objectif, mais il me tient à coeur. Pour moi, un bon cours nourrit notre connaissance de la discipline et notre motivation à la poursuivre chez nous. Et c’est là un objectif délicat pour le professeur : il lui faut être suffisamment pédagogue pour transmettre sa technique avec précision, sans inhiber pour autant le débutant qui n’oserait pas se lancer sans sa supervision. Des consignes claires et intégrées mentalement et physiquement, un exposé de la logique derrière la séquence de poses choisie, des conseils pour la pratique personnelle, voilà les ingrédients nécessaires à la transposition du yoga de la classe à son salon.

 

  • les ajustements

 Voilà un autre aspect polémique sur lequel je ne peux pas faire l’impasse. Un bon professeur, toujours selon mes critères hautement subjectifs, guide ses élèves et ne se contente pas de leur livrer des instructions sans bouger de son tapis. Il devrait circuler dans la pièce, avoir une vision à 360° de ses élèves dans les poses afin de déceler au minimum ce qui pourrait nuire à leur sécurité, et, idéalement, les rapprocher un peu plus d’une pratique confortable, motivante et riche en bénéfices. Un bon professeur est convaincu de la variété des corps et des besoins, et sait que certaines de ses consignes doivent être individualisées par des ajustements. Ces ajustements devraient idéalement être traduits en mots plutôt qu’en gestes, toujours pour servir l’objectif d’autonomisation de l’élève (que tous ne poursuivent pas), mais parfois les gestes permettent à la personne d’accéder à la consigne par le ressenti.

 

  • DSC01339l’usage des supports

De cet exposé de ma définition d’un bon professeur découle, vous l’aurez compris, une défense des supports pour servir la pratique : couvertures, sangles, blocs, coussins, etc. Sans eux, point d’individualisation, et je ne conçois pas le yoga sécuritaire pour tous sans cette dimension. Mais que les étagères regorgent de supports ne suffit pas : encore faut-il savoir s’en servir, et surtout y avoir recours sans la moindre gêne. Trop d’élèves croient – ou sont poussés à croire- que plus on a de supports, plus on est débutant. C’est entièrement faux, en plus d’encourager un classement des élèves en fonction de leur ancienneté sur le tapis (ce qui est un indicateur utile mais parfois trompeur). Au contraire : je suis heureuse lorsque je sens que mes élèves connaissent maintenant suffisamment ET leur corps, ET les rouages de la pose pour aller chercher les supports dont ils savent qu’ils ont besoin pour profiter pleinement de la pose, avec le minimum de frustration. Les supports devraient permettre à tous, quel que soit leur condition, de pratiquer la grande majorité des postures de base. Si votre prof vous écarte de la pratique d’une pose sans songer à vous pourvoir plutôt les supports nécessaires, là encore, méfiance (même si s’abstenir est préférable à se risquer à exécuter une pose impossible pour vous, ici et maintenant, sans supports).

 

  • l’accès au studio

gondola Avec la rigueur -et la longueur, surtout – de l’hiver au Québec, il faut que le studio soit facilement accessible, autrement, à part si vous avez trouvé le prof de vos rêves dont vous ne changerez pour rien au monde, vous risquez de céder facilement à la paresse au moment de ressortir pour suivre votre cours. Les bonnes résolutions de janvier sont difficiles à tenir sur la durée, autant vous donner le maximum de chance de les appliquer. Mais le studio au coin de la rue ne répond peut-être pas à toutes les conditions énoncées ici…ni à celle du prix, qui est une autre variable importante pour pratiquer avec plaisir. Pour moi, le yoga doit rester un loisir populaire (au sens d’accessible!) et non luxueux. Malheureusement, l’état du marché dont j’ai tracé les grandes lignes plus haut tend à une inflation des prix pour que les studios survivent. Payer 25$ pour une heure trente de cours, pour moi, c’est exagéré, surtout dans une classe bondée, et/ou dirigée par un prof qui ne se donne pas la peine de me corriger ou qui ne vise pas la transmission de son savoir mais plus une animation éphémère d’un groupe d’anonymes.

 

  • l’ambiance dans le groupe

Et ce groupe, on le souhaite chaleureux, sans compétition mais avec une saine émulation. Ce qui est loin d’être le cas lorsque les studios cèdent à l’outil marketing de la carte illimitée, qui permet aux élèves de se promener quand bon leur semble, tout au long de la grille horaire du centre. Impossible dans ces conditions de développer un sentiment d’appartenance au groupe et des relations sociales signifiantes, et impossible pour le prof de parvenir à connaître suffisamment ses élèves pour guider chacun en fonction de son corps et de sa progression.

Voilà en quelques points ce qui me semble important de garder en tête au moment de choisir son cours de yoga. La meilleure tactique reste d’essayer des cours à la carte, jusqu’à ce qu’on ait trouvé l’école, la technique, et le(s) professeur(s) qui nous conviennent le mieux. Bonne recherche!

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